Procédures collectives : l’inquiétante hausse du nombre de liquidations judiciaires en France sur le troisième trimestre

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l'économie des entreprises françaises a été soumise à des variations significatives. D'après les données de la Banque de France, l'augmentation des faillites est considérée comme un processus de "rattrapage" mais les chiffres inquiètent.

Publié le 
8/1/2024
Procédures collectives : l’inquiétante hausse du nombre de liquidations judiciaires en France sur le troisième trimestre
 

Avant 2019, la France enregistrait environ 60 000 défaillances d'entreprise par an, un nombre qui a été considérablement réduit à 28 371 en 2021 grâce aux mesures exceptionnelles mises en place par le gouvernement.

Cependant, en 2022, ce chiffre a de nouveau augmenté, atteignant 42 500 défaillances. Selon les prévisions, cette tendance pourrait se poursuivre, avec une estimation de près de 55 000 faillites d'entreprise d'ici la fin de l'année 2023 (Ouest France, 9 novembre 2023.)

Les projections d'Allianz Trade pour 2023 anticipent une continuation de cette tendance avec une augmentation de 41% des défaillances. Cette prévision s'appuie sur les observations de défaillances majeures de l'année précédente, mettant en évidence les difficultés économiques auxquelles les entreprises françaises sont confrontées.[1]

1. Les données alarmantes sur les procédures collectives

Cette fluctuation dans le nombre de faillites souligne les défis persistants auxquels les entreprises françaises font face dans un contexte économique instable. Les mesures gouvernementales mises en place en 2021 ont certes contribué à atténuer l'impact initial de la crise sanitaire, mais la reprise économique demeure fragile, exposant les entreprises à des risques accrus.

Le paysage entrepreneurial français a connu une augmentation significative des procédures collectives, avec 27 sociétés de plus de 100 salariés placées en redressement judiciaire depuis janvier 2023. Les liquidations judiciaires directes ont connu une hausse alarmante de 41,9 %, représentant le plus haut niveau depuis 2017. Ce phénomène souligne une tendance inquiétante, notamment avec le fait qu'une entreprise défaillante sur dix a moins de deux ans d'existence.[2]

Entre avril et juin 2023, 13 266 entreprises ont ouvert une procédure de liquidation, un nombre supérieur à celui observé au deuxième trimestre de 2019 et des années précédant la crise du Covid-19. De janvier à juin 2023, le nombre total d'ouvertures de redressement judiciaire, de liquidation judiciaire directe ainsi que de procédures de sauvegarde a atteint 27 762 entités, ce qui représente une augmentation de 36,9% par rapport au premier semestre de l'année précédente.[3]

Le dernier baromètre de Xerfi, réalisé avec le conseil national des Greffiers des Tribunaux de Commerce (CNGTC) met en lumière d’autres signaux d'alarme concernant l'évolution du paysage entrepreneurial. Rien qu'au cours du troisième trimestre, pas moins de 10 400 entreprises ont été soumises à l'ouverture de procédures collectives marquant ainsi une augmentation de 22 % par rapport à l'année précédente. On compte ainsi depuis janvier 2023 pas moins de 35000 procédures ouvertes.

Toutefois, il est important de noter que tous les secteurs ne font pas face de manière équivalente à cette conjoncture. Certains secteurs se retrouvent particulièrement vulnérables.

2. Les cas spécifiques et leurs implications

La hausse des défaillances touche de plein fouet les métiers liés au secteur immobilier. Les agences immobilières, ainsi que les entreprises spécialisées dans le nettoyage et les travaux subissent les répercussions de la baisse de l'activité dans la construction neuve. Parallèlement, certaines branches du commerce et des services de proximité, comme les boulangeries-pâtisseries et les salons de coiffure, font face à un effet ciseaux résultant de l'augmentation des coûts et de la diminution de la consommation.

Un exemple illustratif de ces difficultés est l'entreprise gérante des deux cuisinistes agenais Cusine Plus et Ixina, qui a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce d'Agen, jeudi 9 novembre, les juges ayant considéré que le redressement était impossible.

Il est important de souligner que Mobalpa Agen avait déjà fait face à une situation similaire quelques semaines avant les difficultés rencontrées par Ixina Agen et Cuisine Plus Agen. En l'espace de trois mois, trois cuisinistes franchisés ont été contraints de déposer le bilan.

Il semble ainsi crucial d'analyser les facteurs sous-jacents à cette tendance, notamment l'évolution des conditions économiques, les changements dans les politiques gouvernementales et les défis spécifiques rencontrés par différents secteurs.

La situation actuelle indique que les procédures en cours pourraient se traduire par jusqu'à 70 000 licenciements économiques dans les mois à venir, annonçant une année 2024 potentiellement difficile pour le marché de l'emploi en France. Cette vague de liquidations judiciaires pourrait inverser la tendance récente de baisse du chômage.


Dans ses prévisions pour la France publiées mardi 17 octobre, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estime que « la seconde moitié de l’année 2023, mais surtout l’année 2024, seront celles du retournement de la courbe du chômage, ce dernier passant de 7,2 % actuellement à 7,9 % à la fin 2024 ». Selon les comptes de l’OFCE, le faible niveau des défaillances depuis la crise sanitaire a permis d’éviter la destruction de 291 000 emplois en trois ans. La fin du « quoi qu’il en coûte » et les échéances à venir − un peu moins de 69 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat ont déjà été remboursés sur un total de 144 milliards de prêts − se traduirait selon l’OFCE par une accélération des défaillances et la disparition de 138 000 emplois en 2024, soit une hausse de 0,4 point du chômage.[4]



[1] EY et AU Group dressent un bilan des entreprises défaillantes en 2022 grâce aux données fournies par Allianz Trade et aux avis d’experts dans ce domaine - https://go.ey.com/3S1cnLW
[2] Défaillances et sauvegardes d’entreprises : 1er trimestre 2023, Etude Alatres du 17 avril 2023 - https://www.altares.com/2023/04/17/defaillances-et-sauvegardes-dentreprises-1er-trimestre-2023/
[3] https://www.latribune.fr/economie/france/les-faillites-d-entreprises-s-envolent-de-35-au-deuxieme-trimestre-2023-969382.html
[4] « Le nombre de faillites d’entreprises revient à son étiage normal et va alimenter la remontée du chômage » - Béatrice Madeline, Le Monde – 17 octobre 2023 - https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/10/17/le-nombre-de-faillites-d-entreprises-revient-a-son-etiage-normal-et-va-alimenter-la-remontee-du-chomage_6195073_3234.html
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